Busdriver, Daedelus & DJ XTRON @ Temps Machine

Du monde (beaucoup de monde) un Mercredi soir au Temps Machine, de mémoire tourangelle on n’avait jamais vu ça. Contrairement à ce qui était initialement prévu, c’est donc dans la grande salle que les concerts de Busdriver et Daedelus ont été annoncé, tandis que DJ Xtron mixait dans le club à chaque inter-plateaux.

C’est d’ailleurs lui qui annoncera le coup de départ de la soirée, devant un club se remplissant peu à peu d’un public allant s’abreuver de houblon fermenté. Le DJ passe des morceaux que, lui et ses pairs de son âge, nomment Emotronic tandis que nous hésitons toujours entre tout un tas de termes vernaculaires assez obscurs : Abstract ? Glitch Hop ? Hard Break ? 8bit ? Breakbeat ? Un peu de tout ça et plein d’autres trucs aussi. C’est pas pour le vexer, mais voir un quadragénaire être plus à la pointe sur le futur de hip-hop que nous qui avons la moitié de son âge, c’est tout de même assez frustrant. Des sets donc fascinants, on en prend plein les oreilles et on apprend plein de choses, même si on ne connaît pas un traitre morceau de tout son DJ set.

Et puis on se presse dans la grande salle, à la fois enthousiastes et effrayés à l’idée de voir Busdriver en live. Enthousiastes, parce que Busdriver est l’un des plus grands noms d’un hip-hop Californien hybride : c’est sept albums et autant de renouvellements, c’est bourré d’acid ou de free jazz, c’est des samples de classique ou des beats éléctroniques, c’est un flow étourdissant… Bref, Busdriver est un monstre. Effrayés, parce que ce nouvel album Beau$eros nous laisse toujours aussi dubitatif. Des excuses à son ex-fiancée à base de prods électroniques et de chant plus que de rap.

Busdriver au Temps Machine, P.B.

Heureusement, après quelques morceaux issus de son nouvel album, Busdriver enchaînera dans un registre plus hip-hop, quoique très électronique et blindé de basses groovy. Le rappeur est seul sur scène et passe les morceaux sur une petite console de mix. Même s’il ne lésine pas sur le jeu de scène (il perd un bon litre d’eau par morceau) et que son flow au syndrome Busta Rhymes est à la hauteur de nos espérances, il ne s’attarde que peu de temps sur ses morceaux et on ressent au final une impression de medley un peu désagréable. Busdriver ne s’interrompera que pour se foutre de la gueule du public Tourangeau qui – faute de comprendre – se contentera d’applaudir. Du reste l’ambiance est plutôt cool, le public réceptif et on est forcément conquis quand le rappeur reprend ses vieux titres sur des prods de Daedelus ou des samples classiques et baroques évidents mais toujours jouissifs (la célèbre flûte de Menuet & Badinerie de Jean Sebastien Bach ou encore le thème de Eine Kleine Nachtmusik de Mozart). Busdriver est une bête de scène à l’énergie communicative et à l’organe bluffant réellement utilisé comme un instrument. On pense à un saxo en plein solo free. Quand on sait que le bonhomme souffre d’une extinction de voix, on ne peut que se demander quels prodiges il est capable d’accomplir en temps normal. Il pleut des cordes dehors mais le moral est au beau fixe dans la grande salle.

On profite de la fin du set pour séparer les tâches en bon Tayloristes et je charge à PaulO la rédaction de cette seconde partie de la soirée. « Je vais tenter d’emmagasiner intellectuellement un maximum d’informations » me répond-t-il, et on se laisse sur ces paroles peu rassurantes.

Dadelus au Temps Machine, G.A.

22h30. Le public, encore sous le charme de la performance de Busdriver, ne se méfie pas. En effet, Daedelus semble – de loin – assez inoffensif. Tout droit sorti de l’arrière d’un billet de cinq dollars, légèrement dégarni, l’homme s’installe tranquillement derrière son monome (sorte de grand tapis de touches immaculées régissant boucles et effets qui s’éclairent d’une façon incompréhensible).

Abraham in da mix

L’écoute de son dernier album n’avait pas provoqué chez moi d’orgasmes particuliers, le Californien sortant de son studio un Abstract Hip-Hop complexe qui parle plus aux amateurs qu’aux néophytes dont je fais assurément parti. Les rares (mais très motivants) échos sur ses performances live m’ont malgré tout encouragés à rester pour me forger un avis. Une bière entre les mains, je rentre donc dans la salle, pensant découvrir une ambiance smooth, à la croisée du Jazz et du Hip-Hop.

Et là, bim, la moitié de mon verre s’est renversé sous la puissance des basses acérées sortant de son instrument (car oui, la technique requise pour l’utilisation d’un monome est telle qu’on peut décemment le considérer comme un instrument de musique), trituré par des doigts d’une dextérité chirurgicale. Daedelus fait monter le tempo. Son set est constitué de miriades de samples issus de morceaux différents (de lui ou d’autres), retravaillés à sa sauce et sa technique lui permet des variations de styles rapides et efficaces. On est ainsi passé d’un début globalement Electronica à une descente de plus en plus profonde vers le Drumstep – c’est le moment qu’a choisi Busdriver pour faire une petite apparition saluée de succès -, le Brostep (lisez le dernier Trax pour comprendre), plusieurs autres sous-genres terminant par -step et enfin le Dubstep – là le public ne tenait plus en place – pour finalement terminer sur un pot pourri de tout les sons utilisables de son disque dur. C’était bruyant, mais bien. Le Dubstep (il y en a beaucoup qui vomissent à la vue de ces sept lettres) était intelligent et donnait envie de se replonger avec passion dans les vinyles oubliés de Hessle Audio et Aus Music.
Pour terminer, je cite le programmateur du Temps Machine, Rubin Steiner qui en dansant le téléphone à la main et en moins de 140 caractères réussit à résumer la performance mieux que moi en une demie page :

Hahahaha ! Je DÉTESTE le DUBSTEP mais j’aime d’amour Daedelus.

Encore un petit mot pour saluer le mix de Xtron devant lequel j’ai lamentablement essayé de danser quelques minutes, malheureusement écourtées par la peur d’une intensification de la pluie, là bas dehors.

Report réalisé par Gérard de Roubaix & PaulO.

À propos de l'auteur
"I'm like Shakespeare, I'm a pionner, Because I made rap something people wanted to hear" (Grandmaster Melle Mel)
1 commentaire à cet articleSoumettez le votre
  1. J’apprécie ,vous avez vu juste ici, j’adore ce que vous déclarez et la façon dont vous le dites.

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